Statut de l'image, 15/02/11.
Chapitre 3 : L'audiovisuel et le cinéma comme représentation
René Magritte, la trahison des images, 1929.
« ceci n'est pas une pipe » car c'est une proposition de la représentation de la réalité.
Il y a une impression de réalité car on retrouve une illusion de mouvement dans le réel, de profondeur, de temporalité plus ou moins réaliste. Le cinéma permet alors au spectateur de s'identifier au personnage. Citation de Orson Welles : « le cinéma c'est le constat d'une illusion par l'image et le son ». Le film est une représentation qui donne une impression de réalité, il est aussi une représentation spatio-temporelle.
I. Le film en tant que représentation spatio-temporelle.
Comment l'espace est-il représenté au cinéma ? Pour appréhender cela on traverse différentes notions :
-
Le cadre : on considère l'image comme contour/cadre, ce sont les limites de l'espace représenté. Il peut y avoir dans le cadre un « sur-cadre » (exemple de Citizen Kane avec l'enfant dans la fenêtre), on parle alors de mise en abime au sein de l'image. Aujourd'hui, on parle également de « multi-screen » ou de « splitz-screen » (plusieurs images en image). On peut prendre l'exemple de Fenêtre sur cour de Hitchcock (individu qui , bloqué chez lui, devient voyeur et donc témoin d'un meurtre qu'il tente de résoudre).
-
Le hors cadre : lorsqu'on fait référence à l'espace de production du film, c'est à dire, que dans le cadre il va y avoir un élément ou signe qui va nous rappeler à nous spectateur que c'est un film. Que l'effet soit voulu ou non (exemple de Hitchock qui joue un figurant dans chaque début de film par superstition)
Extrait du film « C'est arrivé près de chez vous ».
C'est un film qui représente la vie d'un serial killer dans un docu-fiction afin d'expliquer ses motivations, etc. Mélange de cynisme et d'humour noir.
-
Le champ : contrairement au cadre, il y a une notion de profondeur et de 3D. C'est la portion d'espace imaginaire contenue à l'intérieur du cadre.
-
Le hors champ : technique qui est beaucoup utilisée au cinéma. Celui-ci n'existe que parce qu'il est signalé dans le champ, il y a un lien entre les deux, il n'existe qu'en fonction de lui. Ils communiquent de différentes façons permettant de les liés comme, par exemple, les interpellation directes des personnages vers le hors champ ou le regard vers un élément extérieur, les entrées et les sorties des personnages ou des objets dans le champ (ça fait imaginer un espace beaucoup plus grand), le cadrage rapproché (gros plan)
Dans le hors champ, il existe deux types de hors champ précis :
-
Le hors champ complet : quelque chose qu'on ne voit pas du tout dans le champ mais que l'on a déjà visualisé précédemment.
-
Le hors champ imaginaire : c'est comme, par exemple, la voix d'un personnage qu'on entend mais qu'on ne verra jamais. Une voix off n'est pas un hors champ imaginaire car ce n'est pas un personnage de l'histoire.
Il existe 6 hors champs du point de vue de la caméra : 2 latéraux, supérieur (qui monte vers le haut), inférieur (qui va vers le bas), du fond du décor (lorsqu'un personnage passe derrière un mur ou que les portes sur ferment sur lui), passage devant la caméra (qui sort par devant, exemple du premier film des frères Lumières avec le train).
Le champ et le hors champ appartiennent tout les deux à des espaces imaginaires.
-
Le cadrage : celui-ci implique vraiment la notion de point de vue que l'on représente à l'image/que l'on a sur l'image. Il va impliquer un choix dans la composition de l'image et sera différents selon ce que l'on veut représenter. Il existe deux types de cadrages :
-
Le cadrage objectif : c'est le point de vue qui correspond à personne dans l'histoire. Il ne représente pas le point de vue d'un sujet, quel qu'il soit, il n'appartient pas au film.
-
Le cadrage subjectif : lorsque le point de vue correspond à celui d'un sujet, d'un personnage du film. On peut aussi parler de « caméra subjective ».
-
Ces notions de cadrage ont été approfondies et nuancées par Gérard Genette dans un livre ou il va mettre en évidence les types de focalisation qui correspondent aux points de vue(1972) :
-
Lorsque le narrateur c'est le réalisateur, c'est lui qui tire les ficelles de l'histoire, il en sait plus que les autres personnages de l'histoire. Il s'agit alors d'un point de vue « omniscient » (comme Dieu par exemple) et d'une focalisation zéro. Le spectateur en sait alors également plus que les personnages puisqu'il est partout.
-
Lorsque le narrateur est « extradiégétique », il raconte ce qu'il se passe mais ne permet pas au spectateur de s'identifier à lui. Il en dit moins que ce que voit le personnage (ex: desperate machin). Il s'agit alors d'un point de vue « externe ». Le spectateur en sait moins que le personnage. C'est une focalisation externe car le narrateur raconte une histoire dont il ne fait pas forcement parti (ex: quand on raconte une histoire à un enfant : on sait l'histoire mais on en fait pas parti).
-
Lorsque c'est le narrateur qui est le personnage qui raconte l'histoire. Il s'agit d'un point de vue « interne ». Il est alors raconté uniquement ce que sait le personnage principal. Matériellement, cela peut être mis en place par une caméra subjective, un plan subjectif, etc. On a alors le point de vue du personnage mais pas seulement, il peut y avoir focalisation interne dans un plan ou une séquence (exemple : un son entendu que par le personnage et le spectateur ou encore le film « Las vegas parano ».
De nombreux cinéastes vont choisir l'alternance de point de vue, on parle alors de focalisation « mixte » ou sont alternés cadrage objectif et cadrage subjectif (exemple : Hitchcock qui s'en sert pour augmenter l'angoisse/suspense). L'alternance entre les personnages voyants et ce qu'ils voient est la base du cinéma et accroît le phénomène d'identification.
En même temps qu'il y a une représentation d'un espace, il y a aussi une représentation d'une temporalité.
Remarque sur l'image fixe (exemple d'une planche de BD) : la taille des vignettes donne des indications sur la durée (plus elle est large, plus ca paraît lent, et inversement).
Au cinéma, une des particularités est de pouvoir jouer avec le temps (flashback, ralenti, futur), cela génère énormément de créativité en matière d'image. On parle presque de « modelage du temps ». Il existe différentes marques de date (journal, etc), néanmoins, en général, les marques de datation sont implicites et le spectateur doit les chercher/décoder à travers des indices (voitures, vêtements, etc). Exemples : films « duel au soleil » (reconnaissance du genre western) et « Le placard » (reconnaissance du genre comédie contemporaine).
A. Représentation temporelle, la durée.
La durée d'un film est très rarement en temps réel. Les deux heures du film correspondent rarement au format de 2 heures de celui-ci. L'histoire est généralement plus longue mais elle peut aussi être plus courte dans certains cas.
Extrait du film « La corde » de Hitchcock (1948).
Il est filmé en plan séquence. Il s'agit d'un film intéressant dans le sens ou on oublie vite qu'il est effectué en un plan séquence. On peut faire une comparaison avec le théâtre filmé. Il y a un travail sur le bruitage dans le but de renforcer le réalisme ce qui suppose une préparation importante. C'est un film qui a été tourné en une seule prise. C'est aussi un film réalisé en réaction aux critiques qu'il a reçu en 1948, il voulait montrer son talent de metteur en scène et qu'il n'était pas seulement un réalisateur. On voit quand même un raccord à un même donné car le temps de la pellicule était de 45min à l'époque mais il ne se remarque quasiment pas.
Il existe quelque exemples de films ou le temps du récit essaye de correspondre au temps de l'histoire. Il y a alors la plupart du temps des sauts temporels ou des « ellipses temporelles ». La narration en raccourcis avec quelque vues frappante produit beaucoup d'effets sur le spectateur.
Extrait de Citizen Kane de Welles (1941).
Dialogue avec sa femme à table, il montre l'évolution de cette relation dans le temps. C'est un séquence par épisode : les même personnages au même endroit, même action et la seule variante est le temps qui est passé.
Il peut arriver parfois qu'il y ait aussi des pauses au cinéma, un arrêt sur image/du temps. Arrêter une image dans une pause descriptive n'est pas un phénomène très naturel et qui fait référence/penser à la mort. Néanmoins, on peut trouver des pauses dans certains films.
Citation Epsteir : « le cinéma en son essence est tellement lié au mouvement qu'il voit/détecte et révèle (alors) l'universelle mobilité ».
La notion d'ordre du temps n'est pas non plus forcement l'ordre du récit, il y a donc des fragments temporel dans le récit qui peuvent correspondre, faire référence au passé ou au futur (exemple : flashback). Il est intéressant de repérer comment est esthétiquement signifié et repéré par le spectateur (exemple : fondu enchainé d'un personnage à l'autre, la couleur de l'image (noir&blanc=>couleur comme par exemple le film « Les ailes du désir »), photographie qui s'anime, la voix off). Le flashback a une valeur de vérité pour le spectateur car il pense que « c'est la vérité qui s'est passé », certains réalisateurs détournent ce concept pour inventer de faux flashback).