Critiques et courants de pensées, 02/11/10.

Publié le par l1infocom.2010.2011.over-blog.net

 

Chapitre 2 : Qu'est ce que le beauté ?

 

 

Introduction :

 

Un relativisme évident et ...troublant.

 

« La beauté n'est que la promesse du bonheur ». Stendhal, De l'amour, livre I, Chap XVII.

 

2 erreurs souvent comises :


=> La beauté n'est que la promesse du bonheur donc n'est pas l'expérience du bonheur.

=> Nous attendons peut être trop de la beauté (référence à la négation souvent négligée).

 

Tableau de Sandro Botticelli, « Le jugement de Pâris », 1485/1488.

 

boticelli.jpg

 

Le personnage tend la pomme de la « discorde » qui fait référence à l'histoire des noces de Tétis (mythologie grecque) ou une déesse n'est pas invitée au banquet. C'est la déesse de la discorde. Elle vient quand même au banquet pour semer la discorde avec une pomme d'or ou il est écrit « pour la plus belle ». Elle va la jeter en l'air et voir qui va se précipiter sur celle-ci. Trois déesses vont se précipiter, elles sont Hera (épouse de Zeus), Athéna (déesse de la guerre) et Aphrodite (déesse de l'amour). N'arrivant pas à se décider elles demandent à un humain droit (le fils du roi de Troye) de choisir la plus belle femme et de lui donner la pomme. 1er jugement lié à la beauté. Chaque déesse va promettre quelque chose si elle est choisie. Hera lui promet le pouvoir politique (sur le royaume), Athéna promet la victoire dans les batailles, Aphrodite promet l'amour de la plus belle des mortelles. Il se décide alors en fonction de ce qu'elle promettent et pas en fonction de leur beauté physique. Sur le tableau, on voit qu'il a choisi Aphrodite. La déesse tient sa promesse mais la mortelle en question est Hélène qui est déjà mariée.

 

Tableau de Ivo Saliger (peintre nazi), Le jugement de Pâris, 1939.

 

Das-Urteil-des-Paris-Ivo-SALIGER

 

Il n'y a pas de promesse montrée dans ce tableau. Le jugement est rendu sur le physique des déesses.

 

La beauté est quelque chose d'objectif ou de subjectif ?

 

Marcel Proust, Albertine disparue, éd. Gallimard, coll. Folio Classique, p21, (à la recherche du temps perdu).

 

Comment expliquer que nos appréciations de la beauté divergent, soient si différentes d'une personnes à l'autre ? Il y a un problème de relativité (opposé à absolu) du jugement esthétique. Le travail de l'imagination explique les différents points de vue, selon Proust. « Nous ne la voyons pas du même coté du mystère ». Le relativisme nous semble à la fois une évidence et en même temps quelque chose de difficile à accepter. C'est à dire, la divergence des points de vue suscite la discussion.

 

 

I) La beauté objective.

 

Jusqu'au 18 siècle, la beauté est pensée comme quelque chose d'objectif et peut donc faire l'objet d'une appréciation.

 

                   1) La beauté mathématique.

 

                       Aristote, La métaphysique (M, 3, 1078a30 – 1078b5).

« les formes les plus hautes du beau sont l'ordre, la symétrie, le défini, et c'est là surtout ce que font apparaître les sciences mathématique. [...] ».

 

Les caractéristiques de la beauté mathématique :

  • Intégrité et totalité. Une statue sans bras ne peut donc pas être belle à l'époque de l'antiquité. Le cyclope n'a qu'un oeil et ne peut donc pas être considéré non plus comme beau. Le minotaure n'est pas non plus considéré comme beau car c'est un mélange des genres (mi humain, mi taureau).

  • L'ordre et l'harmonie. L'harmonie fait référence à la place de chaque partie qui dépend de son rapport à d'autres parties selon les grecs. C'est à dire, qu'un visage est beau en fonction de son rapport aux autres parties du corps. On est pas beau si on est disproportionné. On fait alors appel au « canon de la beauté » (canon de Polyclète) qui indique que pour qu'une statue soit belle, il faut que la hauteur de la tête soit égale à un septième de la hauteur du corps. Un autre sculpteur crée alors le « canon de Lysippe » ou la tête doit être égale à 1/8 du corps (Hermès d'Atlante). La taille parfaite dépend alors de la taille de l'ensemble.

  • L'immobilité. Ce qui est beau échappe au changement et figé dans une proportion idéale car le changement est synonyme de dégradation/corruption pour les grecs. La beauté des Dieux incarne mieux cette immobilité. La beauté n'appartient pas au monde sensible qui change sans cesse (exemple de l'histoire de Cléobis et Biton, mourir dans la jeunesse est un don des Dieux).

 

La théorie du nombre d'or : C'est la proportion, définie initialement en géométrie, comme l'unique rapport entre deux longueurs réelles que le rapport de la somme des deux longueurs sur la plus grande soit égale à celui de la plus grande sur la plus petite.

Deux manières de trouver le nombre d'or : la manière géométrique et la manière arithmétique.

La manière géométrique.

La manière arithmétique : la suite de Fibonacci : 1,2,3,5,8,13,21,...

Si on divise 21 par 13 on trouve 1,618. Gobalement si on divise dans la liste un grand nombre pour un plus petit, on trouvera toujours 1,618. On trouve le nombre d'or dans la forme de certains coquillages (donc intégré de manière naturelle). On cherche ensuite le nombre d'or dans l'humain. Lucas Pacioli qui écrit le livre « La divine proportion » .

Première idée, la beauté est quelque chose qui se mesure, elle est l'objet d'un calcul et elle n'apparaît qu'à celui qui sait calculer. La conception de la beauté n'est pas démocratique (elle est même élitiste) qui demande un apprentissage, voire une initiation. Lorsqu'on est pas d'accord sur un objet, nécessairement l'un des deux se trompe. La représentation de cette beauté donne à voir des êtres qui échappent à notre monde (dieux, déesses, etc).

 

L'expérience de la beauté tourne nos yeux vers un autre monde. L'expérience de la beauté est pensée à partir du modèle du désir. La beauté c'est quelque chose de désirable. Aujourd'hui, nous cherchons dans la beauté quelque chose qui donne du plaisir a contrario de l'époque grecque. Le désir suppose qu'on s'ouvre vers l'extérieur, autre chose que soi ; alors que le plaisir suppose un repli sur soi. Le désir fait souffrir.

 

                      2)La beauté naturelle.


                         La beauté naturelle est développée par la théologie médiévale qui va déplacer le lieu de la beauté. La théologie médiévale va ramener la beauté à l'intérieur même du monde que nous voyons, la nature devient alors belle. Premièrement, Dieu est créateur du monde, le monde porte comme marque de son créateur sa propre beauté. Si Dieu est bon, alors le monde que Dieu a fait doit être beau. La nature au moyen âge c'est un processus, développement par lequel on passe du désordre à l'ordre. Il y a une idée de progrès.

 

Le monde vu de l'homme, la terre entourée des 7 sphères

Le monde vu de Dieu, chaque orbite planétaire sert le plan divin.

 

Le moindre objet de la nature doit pouvoir être regardé comme beau. Citation de Huge (?) de saint Victor.

« Par un jeu de correspondance, le printemps est comme l'image de notre future résurrection ».

 

                        3) La beauté du corps.

 

                            La beauté d'un corps humain tient au fait qu'il renvoit à l'ordre cosmique, qu'il renvoit au monde entier. C'est une image réduite du monde entier. La symbolique du chiffre 4 : les 4 saisons, les 4 vents, les 4 points cardinaux, les 4 lettres du premier homme (Adam). Le corps est beau parce qu'il est imprégné du monde qui est lui même crée par Dieu.

 

 

II) La beauté subjective.

 

                       1) Les ambiguïtés de la beauté.

 

                           La beauté de la nature a pour conséquence de relativiser la laideur des choses. Si tout est création de Dieu, même ce qui nous semble laid peut être regardé comme beau. Il y a une proximité de la beauté et de la laideur. Ce relativisme de la laideur entraine le relativisme de la beauté. Cela amène au thème des vanités.

 

Charles E.Gilbert, All is Vanity, 1920.

Ainsi dans l'expérience de la beauté il y a aussi la mort, dégradation.

 

1818 : Roman « Frankenstein » de Mary Shelley. Savant qui cherche à être l'égal de Dieu et va créer la vie. Il prend ce qu'il y a de plus beau sur chaque cadavre, ce qui donne une créature d'une très grande laideur. L'auteur montre ici le renversement de la beauté vers la laideur. La créature se révolte contre son créateur et le poursuit. La créature ne lui demande pas de lui faire un beau visage mais lui demande une compagne à son image car elle sera belle à ses yeux.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article