Critiques et courants de pensées, 22/11/10.

Publié le par L1 Infocom, Cru 2010/2011.

La catharsis ne porte que sur deux émotions fondamentales, pour Aristote : la crainte et la pitié. Il ne s'agit donc pas d'une purification des passions en général.

La théorie de la catharsis vient d'une conception médicale, d'où l'hésitation à traduire parfois ce terme par « purification ». Théorie ou l'on se délivre d'un mal physique par un autre mal.  

 

Exemple : Lorsque quelqu'un est « possédé », on le délivre de cette possession par la musique ou l'alcool (à l'époque).

 

Dans la catharsis, le trouble est transformé en joie esthétique. Il ne s'agit pas d'éprouver des petites doses de craintes pour s'habituer, il s'agit d'éprouver de la crainte ou de la pitié pour les transformer en une sorte de joie. Exemple de l'homéopathie (consiste à absorber des petites doses d'un mal pour habituer notre corps à ce mal). Au théâtre, nous avons du plaisir à voir des choses monstrueuses ou hideuses.

Les règles et l'ordre de la création artistique. Aristote déduit un ensemble de règles qui ont pour but de réussir une tragédie. Les principales règles sont :

  • Il faut un héros qui ressemble en partie aux spectateurs dans la salle (certains points de ressemblance) pour permettre un phénomène d'identification.

  • Il ne faut pas que le héros ressemble trop aux spectateurs, il ne doit pas être un homme ordinaire auquel il arrive des choses ordinaires. Il faut que sa position sociale soit enviable. Il faut que le héros ressemble, non pas à ce que nous sommes, mais à ce que nous aimerions être.

  • L'identification sera d'autant plus forte que les liens qui unissent les héros de la tragédie sont intimes (frères/soeurs, parents/enfants, amis proches , etc). Dans la tragédie de Sophocle (« Oedipe ») le fils tue son père et épouse sa mère.

 

Aujourd'hui, c'est au cinéma que l'on retrouve le plus la catharsis.

 

Exemple de pitié :« Elephant Man », film de David Lynch, USA, 1980. Un homme ordinaire atteint d'une maladie déformatrice qui réussi à partir/finir par sortir de chez lui pour rencontrer une chanteuse de théâtre. Il fini par mourir en décidant de s'allonger pour dormir alors qu'il sait qu'avec sa maladie cela le tuerait. Il décide de mourir car il s'est dit que sa vie a eu de la valeur et que finalement il peut partir puisqu'il a vécu. Elephant Man représente l'idée de pitié.

 

Exemple de crainte :Blader Runner, de Ridley Scott, 1982. Robots à apparence humaine qui ont été conçu pour servir d'esclaves. Certains robots refusent d'obéir à leur maître. Un policier est chargé de « retirer » un groupe de robots qui a fuit. Le robot décide finalement de sauver le policier car il voit dans ses yeux la crainte de la mort.

 

Rôle important de la musique dans le cinéma qui soutient l'effet de catharsis. Elle accompagne l'émotion/sentiment du spectateur. Pour que ça marche, il faut s'identifier au personnage. Le but de la catharsis n'est pas de nous apprendre à maîtriser les émotions, son but c'est de rencontrer une question philosophique existentielle car, dans le quotidien, on préfère ne pas s'en poser. La vérité ne peut pas être regardée directement car elle peut être insoutenable (comme le soleil). La catharsis rend la vérité supportable.

 

  1. Bertolt Brecht et la théorie de la distanciation (« verfremdungseffekt »).

 

Brecht se rend compte qu'il faut apprendre aux gens à avoir une certaine distance critique vis à vis des images, notamment les images de la photographie. Dès l'origine de la photographie, on va avoir des photos truquées.

 

Exemples :

 

 

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Robert Doisneau, « Le baiser de l'hôtel de ville », 1950.

En réalité, les deux individus sont des acteurs qui ont été payés pour effectuer cette scène.

Elle n'a pas été prise « à la volée ». Il ne faut pas croire toutes les photos que l'on voit.

 

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Evgueni Khaldei, « Le drapeau rouge sur le Reichstag », 2 mai 1945.

La photo a été retouchée pour qu'on ne voit pas que le soldat qui aidait le porteur du drapeau avait deux montres (venant probablement de cadavres) et qu'on pense que la victoire a été faite dans la justice.

 

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Robert Capa, « Mort d'un soldat républicain », 1936.

Trois détails importants : la chemise du soldat est trop blanche pour quelqu'un qui a été touché par balle, une des mains du soldats est prête à amorcer la chute (réflexe), et le soldat tombe en arrière alors que le lieu est en pente.

 

Brecht, l'Allemagne entre 1933 (28 février, incendie) et 1948. Il traverse plusieurs pays durant son exil dont il ne connait pas forcement la langue. Il se rend alors compte que les images deviennent importantes mais sont en même temps vecteur de mensonges.

 

La critique de la catharsis est d'abord une critique de l'identification. Brecht remarque que dans l'antiquité, cette identification est positive elle est créatrice de communion, de lien sociaux. Aujourd'hui, l'identification ne relie plus les hommes les uns aux autres, elle est un simple phénomène psychologique qui isole les individus. Les hommes n'ont plus les moyens de comprendre la société à laquelle ils appartiennent.

 

« Le point de vue individuel ne permet plus de comprendre les processus décisifs de notre temps, les individus ne peuvent plus influer sur ceux-ci. Les avantages de la technique de l'identification disparaissent donc, sans que la ruine de l'identification entraine la disparition de l'art » Brecht.

 

En conséquence, le but de l'art doit changer. Avant il devait favoriser l'identification, maintenant il doit briser l'identification, déconstruire l'effet d'illusion.

 

« Les arts de la scène ont à affronter la tâche d'élaborer une forme nouvelle de transmission de l'oeuvre d'art au spectateur. Ils doivent (…) chercher à donner des représentations de la vie sociales des hommes qui permettent et même imposent au spectateur d'adopter, aussi bien à l'égard des processus représentés que de la représentation elle même, une attitude de critique, voire de contradiction ». Brecht.

 

Brecht n'a pas inventé le concept de distanciation. C'est un théoricien russe, Chklovski, qui l'a inventé. Lorsque nous percevons un objet plusieurs fois, au bout d'un moment nous ne voyons plus l'objet, nous nous contentons de le reconnaître. Nous plaquons sur cet objet une catégorie. Cela nous empêche de le voir tel qu'il est. Pour les retrouver tels qu'ils sont, nous devons déplacer nous habitudes de perception. Pour cela, il faut briser les effets d'illusion.

 

Brecht ajoute à cette théorie une dimension politique à la théorie de la distanciation.

 

« Nous avons besoin d'un théâtre qui ne permette pas seulement les sensations, les aperçus et les impulsions qu'autorise à chaque fois le champ historique des relations humaines sur lesquels les diverses actions se déroulent, mais qui emploie et engendre les idées et les sentiments qui jouent un rôle dans la transformation du champ lui même ». Brecht.

 

 

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Bertolt Brecht, Kriegsfibel, 1955, planche 47.

« Soldat améraicain devant un soldat japonais mourant qu'il vient d'être obligé d'abattre. Le japonais, caché derrière la barque, tirait sur les troupes américaines ».

 

Les photos des journalistes doivent être observées avec un oeil critique. La légende d'une photo conditionne le point de vue que l'on se fait sur ce que l'on voit dans la photo.

 

Bertolt Brecht, Kriegsfibel, 1955, planche 39.

 

Le fait de voir quelqu'un crier sans entendre de son provoque un effet de distanciation.

 

Les éléments de distanciation :

 

  • La fable raconte deux histoires. Derrière l'histoire principale, il y a une autre histoire. Au théâtre, il faut emmêler deux histoires.

  • Le décor présente un objet à reconnaître et sa critique. Le décor doit critiquer ce qu'il représente. L'imitation d'une usine doit être en même temps une critique de l'usine.

  • La diction ne psychologise pas le texte mais en restitue le rythme et la facture artificielle. L'acteur ne doit pas rentrer dans son rôle, il faut que l'on sente qu'il ne pense pas ce qu'il dit et qu'il n'est pas ce qu'il montre. Cela provoque des effets décalés.

  • Le jeu de l'acteur n'incarne pas le personnage, mais le montre en le tenant à distance. On peut alors prendre des acteurs qui ne sont pas des acteurs professionnels.

  • Les adresses au public, et les changements à vue de décor sont autant de procédés rompant l'illusion. Il faut bien montrer aux gens qu'ils ne sont pas pris dans la représentation. « adresse au public » c'est lorsque l'acteur parle directement au public, il l'interpelle. Il n'y a pas de coulisse, on voit les changements de décors, etc.

 

Extrait du film « A bout de souffle », 1959, de Jean Luc Godard (courant de la nouvelle vague qui rompt l'effet d'illusion).

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